Aujourd'hui, premier septembre 2014, je repense à hier, 31 août 2012, à ce réveil d’une violence inouïe, à cette douleur en coup de poignard brûlant ma poitrine, à ce lent cheminement, pliée en deux, en asphyxie, aux trois cents interminables mètres qui séparaient mon domicile des urgences de l’hôpital Bichat. A l'épouvante des minutes qui suivirent le diagnostic. Deux ans déjà, deux ans de survivance ! Et je me chante : « Je vis ! je vis ! je vis ! » Depuis quelques mois, je ne viens plus par ici écrire, ni ailleurs, je n’écris plus nulle part, ou plutôt si, j’écris partout à grandes enjambées, mes pieds, mes mains sont des becs de plume trempés dans l’encre éblouissante de la vie. Depuis le joli mois de mai, mon organisme reprend des forces, épargné, et miraculeusement revigoré ; aucune aiguille n’a traversé sa peau, aucun liquide n’est entré dans ses veines. Depuis trois mois, je vis en sursis, et le sursis se prolonge de surprises en délices.

Peut-être que Dieu, les anges et mon cancérologue m’ont sauvée. Peut-être en avais-je décidé autrement, autrefois, avant de naître. Peut-être mon âme décide-t-elle au jour le jour, change d’avis selon le vent et les bruissements d’ailes dans mes cheveux naissants. Peut-être, peut-être, peut-être. Toujours est-il que. Je suis là, incroyablement, formidablement là. J’avance. Sur mes deux jambes, la gauche, rescapée mais un peu infirme, et la droite, la bien-portante qui aide l'autre à me soutenir, qui rattrape ses déséquilibres. Mes deux jambes sont les meilleures amies du monde. Je marche, et mon écriture de vie grandit. Qu’il est bon d'être tout simplement là, maintenant, dans mon corps en mouvement. C’est comme si je m’incarnais réellement pour la première fois. J’écoute mon corps comme un ami dans lequel je me me serais sentie si longtemps perdue en terre étrangère. Je ne comprends pas tout encore de ce qu’il me raconte, mais je lui fais confiance. 

Il y a eu un avant et il y a un maintenant tourné vers l’avenir. Je suis reconnaissante à cette chose inouïe qui m’est arrivée. Cette chose n’inclut pas seulement le cancer, mais contient aussi l’incroyable énergie d’amour qui s’est manifestée autour de moi durant ces deux dernières années et surtout, à la manière d’une clé tournant dans un verrou, ce qui a participé à l’éveil de ma Conscience, au réveil de ma foi endormie depuis de longues années. Je serai donc née deux fois. Le 11 juin et le 31 août. Alléluia.