Nous voici arrivés en 2015. Ce fut une fin d’année sans valises, sans transhumance, sans populace. Une fin d’année parisienne. Tranquille. Un 31 décembre où Françoise nous a fait le plaisir de rejoindre mon chef amoureux en cuisine, où ils nous ont concocté un festin à quatre mains. Je vous entendais rire en cuisine tandis que je reposais mes poumons en feu dans l’obscurité apaisante de la chambre. Depuis quelque temps, je vous sens inquiets. Vous sursautez à chacune de mes quintes, de mes sifflements, de mes rictus de douleur. Comment vous rassurer alors que que je suis également gagnée par une appréhension sournoise ? que la fatigue se fait grandissante ? et, surtout, que le moral vacille comme une petite flamme perdue au milieu d’une plaine gelée ? J’essaie de me rasséréner en me disant que c’est l’hiver, qu’il suffit de le traverser avec confiance, qu’au printemps la lumière réchauffera mon corps, revitalisera mon moral… que nous vivrons ensemble le miracle à coups d’ailes de papillon. Il ne peut y avoir de lumière sans obscurité, la loi immuable du Yin et du Yang, le doute fait partie de l’amalgame mystérieux qui constitue le chemin. Je ne pouvais indéfiniment rester accrochée à ma branche mystique en sifflotant des mantras miraculeux. Ce serait trop simple. Mais que c’est difficile ! Mon âme se cache dans sa tanière, me laisse me débattre contre les vieux schémas envahissants, des fantômes revenus me hanter, le brouhaha des pensées, quel bruit dans ma tête ! Et quelle paresse ! Impossible de m’isoler pour faire le calme en moi, pour renouer avec l’animal lumière qui m’attend dans le terrier brûlant de mon poumon droit. Impossible alors que je n’ai rien à faire, que je ne fais rien sinon somnoler sur le canapé ou dormir pour de bon enroulée dans mon plaid en cachemire blanc immaculé. Je lis, oui, beaucoup, je dévore les dictionnaires de Médecine Chinoise, comme si j’allais tout comprendre subitement au dysfonctionnement de mon corps et trouver la recette-miracle : mange de l’ail, masse ta rate et tu seras guérie ! Parfois j’ai envie d’en rire, je me trouve pathétique … et attendrissante : même quand je m’aime moins, je n’oublie plus de m’aimer.