Chantal Malignon mon blog mot à mot

26 janvier 2012

Voeu

MES VOEUX

Posté par chantalmalignon à 19:01


27 septembre 2011

Mauvais livre

Un auteur ne devrait jamais se plaindre de ses lectures. Dix mauvais livres lus, c'est dix occasions d'en écrire un bon.


Posté par chantalmalignon à 18:02 -
19 septembre 2011

Hier dans le salon

Bon Dieu, qu’est-ce qu’il fait là ? L’absurdité de la situation lui est tombée dessus dès qu’il a mis les pieds dans l’appartement.

Il n’aurait jamais dû monter.

Pas de couleur, des beiges qui se fondent, aucun détail qui déconne, qui rassure. C’est beau, élégant. C’est vide et propre. Il repense à ses abandons, à ses cris quand il lui faisait l’amour dans la chambre d’hôtel, au désordre qu’il a provoqué sur sa peau. Quelque chose ne colle pas. Il se sent mal, trop grand, trop noir, une tache d’encre dans ce salon si blanc. Il devrait partir ? il s’assoit sur le canapé beige, ou crème, enfin clair, dont il sent l’assise dure, inhospitalière. Il se dit que personne n’a jamais dû s’asseoir là-dessus. Ni se déplacer dans cet espace où l’air est empesé – depuis quand n’a-t-on pas ouvert les fenêtres ?

Ici elle ne vit avec personne, même pas avec elle-même, ça lui a traversé l’esprit, une certitude un peu gluante, mais fugitive. Et c’est parce qu’elle est étrangère à elle-même qu’elle ne peut vivre avec aucun homme. Allez, dis que tu as du boulot, ou une femme qui t’attend à la maison, dis-le et dégage ! Souvent, plus tard, il repensera à cette alerte en sourdine, aux décharges irradiant son échine tandis qu’il s’asseyait. Il y repensera avec fatalisme. Un mouvement aussi anodin que s’asseoir a scellé son destin.

Tout vient de se jouer maintenant. Au moment où il s’est assis. Elle est debout. Elle le regarde. Elle emprisonne de son regard cet homme qui devrait fuir. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Ce n’est qu’un homme sur un canapé. Massif et immobile. Un homme noir aux yeux errants. Au moment où il s’est assis, elle l'a choisi.

Il se dit qu’il faudrait un élément de couleur, oui ça changerait tout, une lampe rouge par exemple, sur la table basse, ça changerait peut-être tout, non ? Elle se dit, tout en le regardant, qu’il n’y a rien dans le frigo et qu’il faudrait peut-être appeler le traiteur, ou alors on fera des pâtes, c’est bien, des pâtes, non ? Il en est sûr : même en chargeant le mobilier de bibelots, même en barbouillant les murs de couleurs tonitruantes, il ne pourrait pas vivre ici. Elle se félicite d’avoir acheté un pot de pistou la semaine dernière chez Monoprix. Il s’en veut d’être aussi silencieux, aussi empoté, aussi con. Elle se demande s’il reste une brosse à dents neuve dans le placard de la salle de bains. Il veut rentrer, il doit rentrer, il faut qu’il rentre. Mais pour rentrer, il faudrait partir et pour partir, il faudrait rompre ce foutu silence. Pourquoi se contente-t-elle de le regarder sans rien dire ? Elle attend, avec l’air de penser – il ne la regarde toujours pas, mais il est sûr qu’il y a ça dans ses yeux – : allez, fais-moi la conversation, raconte-moi d’où tu viens, tu n’es pas né en France, n’est-ce pas ? Ah ! tu as été adopté ? A quel âge ?… » Il faudrait qu’il la relance sur le petit café, promesse qu’elle a manifestement oubliée, voilà, il va lever la tête et lui demander un café, ou alors un verre d’eau, et s’il allait pisser ? Il sent ce regard sur lui, un regard qui pèse des tonnes, il transpire, entre le col de sa chemise et sa nuque, il sent que ça colle. Ça va recommencer, elle n’a même plus besoin de se mettre à chanter, son seul regard réussit à le faire bander.

Il soupire.

Elle lui sourit.

Il lève enfin la tête, il lève enfin les yeux.

Elle ne sait pas pourquoi, elle se sent soulagée. C’est simple, finalement, de tromper ses petits démons domestiques. Il suffit de laisser s’introduire chez soi un inconnu et de décider de l’y garder pour toujours, non, elle n’aime pas les termes qui ressemblent à des contrats, « longtemps », et peut-être même un peu moins que longtemps, elle va le garder un petit moment, voilà. Le temps que ça cesse de chahuter à l’intérieur. Son vide à elle chahute. Son vide à elle ressemble à la honte.

Il essaie de lui rendre son sourire. Elle a subitement envie de pleurer.

Ils sont foutus.

Ils vont s’aimer.

D’abord là, sur le canapé crème, puis dans la chambre, gris perle, puis dans la salle de bains blanche, puis dans la cuisine, blanche aussi, ils vont s’aimer.

Posté par chantalmalignon à 16:47 -
15 juin 2011

Parfum

 

Laisser couler sur ma peau l’encre mobile des parfums,

devenir page imbibée d’instants

 

Posté par chantalmalignon à 19:34 -
29 avril 2011

Plus on me demande de réfléchir, plus j'ai envie de rêver.

Posté par chantalmalignon à 01:08 -


04 avril 2011

FIV

Il y a l’enfant de l’orage, qui naît des âmes réconciliées. L’enfant océan, que l’on fait les corps emplis de soleil inconscient. L’enfant bruine, qui arrive par surprise entre les draps froissés des étreintes oublieuses. L’enfant sirocco, censé combattre le refroidissement des cœurs. L’enfant étoile, qui apparaît la nuit quand on ne l’attendait plus. Il y a l’enfant soleil qu’on espère, qu’on chérit, qui console des intempéries. L’enfant coup de vent, celui qui passe d’un ventre familier à des bras étrangers. L’enfant éclair, qui passe ; l’enfant tourmente, qu’on fait passer. L’enfant neige, qui fond avant de naître. Et l’enfant goutte, celui qu’on fabrique sur un lit de verre.

 

Mémoires d'un lit, éditions Fizzi

Posté par chantalmalignon à 17:24 -
24 mars 2011

Hier devant l'immeuble

Ils n’ont pas échangé un mot durant tout le trajet. Lui, le regard fixé sur le marquage de la chaussée, une longue estafilade de traits d’union ; elle, côté passager, les jambes repliées contre le tableau de bord, la tête légèrement inclinée, somnolente. Un couple de quelques heures que l’habitude étreint déjà dans l’hébétude des retours de vacances.

Elle est toujours nue sous son manteau.

De temps à autre sur l’autoroute, au moment où il s’apprêtait à se rabattre sur la voie de droite, il glissait sur elle un regard rasant, furtif, un regard d’angle mort. Il a noté la petite boursouflure sous son menton, une goutte de chair tendre, et ce défaut imperceptible l’a ému. Quand il a garé la voiture dans la contre-allée en bas de chez elle, il a noté que son corps était resté immobile. Sa main comme morte sur son genou, sa chevelure déployée contre l’appui-tête, sa bouche, son nez, ses paupières closes, rien n’avait bougé. Comme si elle voulait que le voyage continue. Comme si elle regrettait d’être rentrée.

Il n’a pas éteint le moteur, qui la berçait encore. Il ne l’a pas regardée non plus. Il est resté les mains sur le volant pendant un bon moment. Soudain il s’est souvenu qu’il avait été fumeur et qu’une clope lui aurait dégourdi les idées. C’est peut-être parce qu’il a une furieuse envie de s’en griller une qu’il se laisse aller à une pulsion. Il tourne la clef de contact, ouvre la portière, sort du véhicule dans un seul élan. Avec la même détermination, il contourne la voiture, par l’avant, pour qu’elle le voit passer à travers la vitre – elle a dessillé ses yeux, il le sait –, pour qu’elle le voit ouvrir sa portière, se pencher, poser sa main sur sa main à elle qui n’a toujours pas quitté son genou replié contre le tableau de bord.

Alors il l’encourage dans un sourire :

      Je boirais bien un petit café.

 

Elle n’a aucune envie de lui offrir un café. Elle n’a aucune envie de le faire monter. Les centaines de kilomètres parcourus dans la torpeur ont étouffé en elle toute velléité d’histoire d’amour. Tout à l’heure, les yeux scellés, elle se réveillait intérieurement, avec la sensation, pénible, d’avoir laissé l’ennemi envahir ses chairs. Cette faim qui encombre son ventre pourtant rassasié, elle n’en veut pas. Ni des heures qui s’épuisent dans l’attente ni de celles qui se désagrègent dans la fusion des corps. Elle ne veut pas sacrifier une seule minute de sa vie à la seule chose qui compte vraiment pour elle – chanter. Petite, elle chantait pour extraire sa mère de ses stupeurs, comme on extrait un diamant brut de l’obscurité. Elle chantait pour que sa mère s’alimente, consente à s’habiller, à marcher, à sourire.

Sa voix fut ce miracle qui empourpra les joues de sa mère. Sa voix sait combler les manques mais ignore tout du bonheur. Sa voix n’a pas besoin d’un homme pour exister. Sa voix a peur de mourir si elle y fait entrer un homme.

 

Est-ce la fatigue ou cette main sur la sienne ? Ou la vague de frissons qui souffle sur sa peau ? Elle n’arrive pas à trouver les mots qui le mettraient à distance, s'embourbe dans le silence. Son cerveau s’agite dans tous les sens, déploie des ailes d’oiseau encagé. Aucune parole ne parvient à s’échapper. Elle se rend compte qu’elle frissonne, elle a froid sous son manteau.

– Tu as mal au cœur ? s’inquiète-t-il.

Allez, dis-lui, non, je n’ai pas mal au cœur, c’est simplement que je n’arrive pas à te dire que nous deux, on s’est envoyés en l’air, et c’est tout, l’aventure s’arrête ici, fiche le camp. Je ne veux pas de ton sourire sur moi ni de tes mains encore moins de tes secrets. Ce que je veux, c’est rentrer chez moi et t’oublier. C’est chanter. Ce que je veux là, maintenant, c’est chanter.

Mais c’est comme si son corps était débranché. Sa bouche répond au sourire, ses yeux se mettent à briller. Elle serre la main de cet homme dont elle ne veut pas pourtant et, lentement, inexorablement, la fait glisser le long de l’intérieur de sa cuisse, jusqu’au creux chaud et humide.

Elle est folle, elle le sait.

Posté par chantalmalignon à 14:53 -
28 février 2011

Rechute ?

Non, pas vraiment. Juste un petit truc que j'écris sporadiquement à la vitesse d'une limace, sans très bien savoir où cela me mènera… nulle part ou pas très loin, et dans longtemps.

Posté par chantalmalignon à 15:33 -

Aujourd'hui dans la cuisine

 A l’ordinaire, quand Georges rentre chez lui, ce sont des bruits qui l’accueillent. Le bruit de la poignée qui cède, de la porte d’entrée qui s’ouvre, le bruit des casseroles que sa femme agite, des placards qu’elle referme, des meubles qu’elle déplace, parfois de l’aspirateur qu’elle passe, et toujours – c’est devenu un rituel –, il est accueilli par les hurlements des trois téléviseurs répartis dans la maison – salon, cuisine, salle de bains – qu’elle a allumés simultanément sur des chaînes différentes. Aucune chaîne musicale, bien sûr. Des animateurs et des comédiens qui braillent de concert – cette conne est sourde en plus – sur fond de jingles, de soupe publicitaire … mais de vraie musique ? jamais. Nulle trace de beauté sonore dans la cacophonie cathodique. Bizarrement, ça le repose, Georges. Alors que son épouse fait ça, tout ce bruit, pour l’emmerder. Qu’est-ce qu’il fait ? Il prend un air renfrogné, il traîne des pieds, s’affale sur sa chaise, se tient la tête entre les mains avec accablement. Il récompense ses efforts. Il lui en donne pour son argent comme on dit. Et il en tire un certain réconfort. Ça l’apaise de faire semblant. En vérité, il s’en fout, du bruit. Ce qui est agréable, ce qui est désagréable, pour lui c’est kif-kif. D’ailleurs, lui non plus ne supporte pas la musique, ni le silence du reste. S’il n’y avait pas tout ce bruit, il faudrait parler, alors que là, il se contente de poser ses pourboires sur la table de la cuisine, en faisant la gueule, peinard.

 

364 jours s’écoulent ainsi. On s’habitue à tout. On s’habitue même à aimer des habitudes misérables.  Georges appréhende la date d’anniversaire de leur mariage, exceptionnelle comme il se doit. Même si ce n’est jamais une vraie surprise. La vraie surprise, ce serait que Sophie ne fasse rien d’exceptionnel justement, qu’elle continue d'agiter ses casseroles dans le tintamarre.

 

Ce jour-là, invariablement, Georges est accueilli par un silence comminatoire et des odeurs de viande qui crame dans le four. Sa femme a fait un effort vestimentaire et s’est rendue chez le coiffeur. Or, jusqu’à présent, il n’avait noté aucune variation décisive. Les robes se contentaient de changer d’étoffe et de couleur sur son corps qui enflait avec une constance méthodique. Chaque année, la taille de sa femme prend un centimètre et son visage accuse un coup de bistouri, ou d’aiguille. Si bien que tout est devenu démesuré chez elle, la bouche, la poitrine, la douleur. Mais rien d’inattendu au fond. Même l’opéra qu’elle lui inflige le soir, après le repas indigeste, sur les enceintes du salon il le redoute autant qu’il s’y attend. En quinze ans, une grande partie du répertoire de la Schwarzkopf y est passé, Verdi, Mozart, Strauss. Du grandiose, du déchirant, de la voix. Ecoute ce que j’aurais pu devenir, c’est ça, le message. C’est ça, la punition. Tous les 22 juillet. Une viande immangeable et la voix d’une diva.

 

Qu’est-ce qui a bien pu provoquer chez elle cette envie soudaine de changer le scénario ?

 


Posté par chantalmalignon à 15:23 -
10 janvier 2011

Sevrage

Un mois déjà. Pas une ligne.

Les premiers jours, j'errais dans la maison. Je dormais beaucoup. Petit à petit, je me suis mise à voir des choses. Le désordre dans les placards, les clayettes sales du réfrigérateur, les arbustes tout rabougris sur le balcon. Petit à petit, je me suis mise à faire des choses. Ranger, nettoyer, tailler. Mais aussi lire, trier les papiers, acheter des fleurs, - regarder. M'éblouir à regarder.

C'est le printemps avant le printemps. La vie m'ouvre une porte. Il suffirait que je m'y glisse, corps et âme, en entier. Et que j'y reste, débarrassée de ces pulsions épuisantes qui me poussent à chercher des fenêtres où accrocher mes chimères. 

Un mois déjà. Peut-être tiendrai-je plus longtemps cette fois-ci.

Posté par chantalmalignon à 15:20 -