ccheek to cheek

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2008, le bonheur au beau fixe, la cours éclatante de couleurs, je réécris entièrement mon premier roman, dans la foulée j’attaque et termine une nouvelle pièce, Cheek to Cheek continue de rugir mon bonheur dans les enceintes, ma vie est une enchantement, et je l’adore, et je ne cesse de le dire, pour un oui, pour un non. Et ma fille lève les yeux au ciel en se marrant. Pour fêter ses cinquante ans, mon homme invite cinquante amis au restaurant. Au moment de souffler les cinquante bougies, il me fait une demande solennelle en re-mariage. C’est oui, et encore oui. 2009. Mairie du dix-huitième arrondissement quinze années après les premières épousailles, nous deux, plus émus peut-être. Carmen. Nos vieux amis. Des jeunes aussi. Nos mamans sans chapeau. Belen, Ivan, Francesca, et des gosses, des gosses, des grands, des petits, des gosses partout, c’est beau la vie qui passe en courant dans les couloirs de la mairie, la vie qui danse, qui boit du champagne sur le toit d’un théâtre parisien. En plus, le ciel est avec nous, il fait doux le jour où l’on se dit « re-oui ». Il faudrait capturer l’instant, non pas pour le figer, non, pour le garder tout chaud et frémissant entre les mains, fermer les yeux, puiser toute cette énergie vitale que produit l’instant de bonheur, la stocker dans chaque cellule de son corps, faire des réserves de bonheur pour les jours sombres à venir. Il y a des gens qui sont heureux sans le savoir. Des gens que la vie a peut-être trop gâtés. Quand le malheur surgit en disant enfin son nom, ils regrettent d’avoir été aveugles, apitoyés, stupides. C’est un comble de faire la gueule quand la vie vous sourit. Moi, j’ai eu la chance de connaître ma chance, si bien que j’ai été deux fois plus heureuse que n’importe quelle autre femme dans ma situation. J’ai été si heureuse que je le suis encore dans le malheur. Et quand l’air intérieur menace de s’alourdir, vite ! j’enclenche « Heaven, I’m in Heaven… »